Eczéma atopique chez l'enfant : comprendre, soulager et accompagner
L’eczéma atopique, ou dermatite atopique, est la maladie cutanée chronique la plus fréquente chez l’enfant. Elle touche environ un enfant sur cinq dans les pays industrialisés et débute le plus souvent avant l’âge de deux ans. Si cette affection est généralement bénigne, elle peut considérablement altérer la qualité de vie de l’enfant et de sa famille en raison des démangeaisons intenses et des poussées récurrentes.
Qu’est-ce que la dermatite atopique
La dermatite atopique est une maladie inflammatoire chronique de la peau liée à une anomalie de la barrière cutanée et à une dérégulation du système immunitaire. La peau des enfants atopiques produit insuffisamment certains lipides, notamment les céramides, ce qui la rend plus perméable aux allergènes et aux irritants environnementaux. Cette fragilité cutanée provoque une réaction inflammatoire excessive qui se traduit par des plaques rouges, sèches et très prurigineuses.
L’atopie est un terrain génétique prédisposant aux manifestations allergiques : eczéma, asthme et rhinite allergique. Lorsqu’un des parents est atopique, le risque pour l’enfant de développer une dermatite atopique est significativement augmenté. Ce risque est encore plus élevé si les deux parents sont concernés. La maladie évolue par poussées entrecoupées de phases de rémission, et son intensité varie considérablement d’un enfant à l’autre.
Il est important de distinguer la dermatite atopique de l’eczéma de contact, qui résulte d’une allergie à une substance spécifique. Les deux formes peuvent coexister, mais leur mécanisme et leur prise en charge diffèrent. Le dermatologue est le spécialiste le mieux placé pour établir le diagnostic et orienter le traitement.
Les symptômes selon l’âge de l’enfant
La localisation et l’aspect des lésions d’eczéma atopique varient avec l’âge. Chez le nourrisson, entre deux mois et deux ans, les plaques siègent préférentiellement sur les joues, le front, le cuir chevelu et les faces externes des membres. Les lésions sont souvent suintantes et croûteuses, et le bébé manifeste son inconfort par des pleurs, une agitation et des troubles du sommeil.
Chez l’enfant plus grand, entre deux et douze ans, l’eczéma se concentre dans les plis : coudes, genoux, poignets, chevilles et cou. Les lésions deviennent plus sèches, épaissies par le grattage chronique, et la peau prend un aspect rugueux et lichenifié. Les démangeaisons peuvent être intenses et perturber la concentration scolaire ainsi que le sommeil.
À l’adolescence, l’eczéma peut persister au niveau du visage, du cou et des mains, avec un retentissement psychologique parfois important. La sécheresse cutanée généralisée, ou xérose, accompagne la maladie tout au long de son évolution et constitue le terrain permanent sur lequel surviennent les poussées inflammatoires. Chez la majorité des enfants, la dermatite atopique s’améliore spontanément avec l’âge, mais elle peut persister ou réapparaître à l’âge adulte.
Les traitements des poussées inflammatoires
Le traitement des poussées d’eczéma atopique repose principalement sur les dermocorticoïdes, des crèmes ou pommades contenant des corticoïdes adaptés à la zone du corps et à l’âge de l’enfant. Correctement utilisés, ces traitements sont efficaces et sûrs. Ils doivent être appliqués en quantité suffisante sur les lésions inflammatoires, une à deux fois par jour, jusqu’à disparition des plaques.
La corticophobie, c’est-à-dire la peur injustifiée des corticoïdes locaux, reste un obstacle majeur à la bonne prise en charge de l’eczéma. Les effets secondaires redoutés, comme l’amincissement de la peau, ne surviennent qu’en cas d’utilisation inadaptée, prolongée et non encadrée. Il est essentiel de suivre les prescriptions du dermatologue et de ne pas arrêter prématurément le traitement par crainte des corticoïdes.
Les inhibiteurs de la calcineurine topiques, comme le tacrolimus en pommade, constituent une alternative aux dermocorticoïdes, en particulier pour les zones sensibles comme le visage et les paupières. Ils peuvent être utilisés en traitement d’entretien pour espacer les poussées. Dans les formes sévères ne répondant pas aux traitements locaux, le dermatologue peut proposer des traitements systémiques, notamment des biothérapies ciblées qui ont transformé la prise en charge des eczémas résistants ces dernières années.
Les soins quotidiens indispensables
Le soin émollient quotidien constitue le pilier du traitement de fond de la dermatite atopique. L’application biquotidienne d’un émollient adapté restaure la barrière cutanée, réduit la sécheresse et l’inconfort, et contribue à espacer les poussées. Le choix de l’émollient doit se faire en concertation avec le dermatologue, en privilégiant les formules sans parfum, sans conservateur allergisant et suffisamment riches en agents relipidants.
Les mesures d’hygiène jouent également un rôle important. Le bain quotidien, court et à température tiède, est préféré aux bains prolongés dans une eau chaude qui dessèche la peau. L’utilisation d’un syndet, nettoyant sans savon au pH adapté, remplace avantageusement les savons classiques. L’émollient doit être appliqué immédiatement après le bain, sur peau encore légèrement humide, pour optimiser l’hydratation.
L’environnement de l’enfant mérite une attention particulière : privilégier les vêtements en coton doux, éviter la laine et les tissus synthétiques au contact direct de la peau, maintenir une température modérée dans la chambre et aérer régulièrement. Si un allergène spécifique a été identifié comme facteur déclenchant, son éviction contribue à réduire la fréquence des poussées.
Accompagner l’enfant et sa famille
L’eczéma atopique ne se limite pas à une maladie de peau. Son impact sur la qualité de vie de toute la famille est considérable. Les nuits perturbées par les démangeaisons épuisent l’enfant et ses parents. Le regard des autres sur les lésions visibles peut générer un sentiment de honte ou d’exclusion chez l’enfant, notamment à l’école.
L’éducation thérapeutique occupe une place centrale dans la prise en charge. Elle permet aux parents et à l’enfant de comprendre la maladie, de maîtriser les techniques de soins et de gagner en autonomie. De nombreux services de dermatologie proposent des ateliers d’éducation thérapeutique animés par des équipes pluridisciplinaires qui permettent aux familles d’échanger entre elles et avec des professionnels de santé.
Le soutien psychologique peut s’avérer bénéfique lorsque l’eczéma affecte significativement le bien-être émotionnel de l’enfant ou les dynamiques familiales. Les associations de patients constituent également une ressource précieuse pour les familles concernées. Un suivi régulier par un dermatologue permet d’adapter le traitement à chaque étape de l’évolution, de rassurer la famille et de prévenir les complications comme la surinfection bactérienne des lésions.