Traitements

Guide des traitements topiques en dermatologie : crèmes, pommades et gels

Les traitements topiques, appliqués directement sur la peau, constituent la pierre angulaire de la dermatologie thérapeutique. Crèmes, pommades, gels, lotions : ces formes galéniques sont prescrites dans la majorité des affections cutanées. Pourtant, leur bon usage est loin d’être intuitif et de nombreuses erreurs d’application peuvent compromettre l’efficacité du traitement. Ce guide vous aide à mieux comprendre et utiliser vos traitements locaux.

Les différentes formes galéniques et leurs spécificités

Le choix de la forme galénique, c’est-à-dire le véhicule qui transporte le principe actif, n’est pas anodin. Il est adapté par le dermatologue en fonction de la nature de la lésion, de sa localisation et du type de peau du patient. La crème, émulsion d’eau dans l’huile ou d’huile dans l’eau, est la forme la plus polyvalente et la plus agréable à appliquer. Elle convient à la plupart des zones du corps et aux lésions suintantes ou modérément sèches.

La pommade, plus grasse et plus occlusive, favorise la pénétration des principes actifs et est particulièrement indiquée pour les lésions sèches, épaisses et squameuses. Elle est moins bien acceptée cosmétiquement en raison de son aspect luisant, mais son efficacité est souvent supérieure à celle de la crème pour les mêmes principes actifs. Le gel, à base aqueuse ou alcoolique, est adapté aux peaux grasses, au cuir chevelu et aux zones pileuses car il ne laisse pas de résidu gras.

La lotion et la solution sont des formes liquides adaptées aux grandes surfaces corporelles et au cuir chevelu. La mousse est une forme galénique de plus en plus utilisée pour sa facilité d’application et sa bonne acceptation cosmétique. Le choix entre ces différentes formes influence l’observance du traitement : un traitement agréable à appliquer est mieux suivi qu’un traitement perçu comme contraignant.

Les dermocorticoïdes : bien les utiliser sans les craindre

Les dermocorticoïdes sont les traitements anti-inflammatoires topiques les plus prescrits en dermatologie. Ils sont classés en quatre niveaux d’activité, de faible à très forte, et le dermatologue choisit la puissance adaptée à la localisation, à l’âge du patient et à la sévérité de l’affection. Les corticoïdes de classe forte sont réservés aux lésions du corps, tandis que des corticoïdes de classe modérée ou faible sont utilisés sur le visage et les plis.

L’application doit respecter la règle de l’unité phalangette : la quantité de crème correspondant à la longueur de la dernière phalange de l’index, déposée sur la pulpe du doigt, suffit à couvrir une surface équivalente à deux paumes de main. Cette mesure pratique permet d’éviter le sous-dosage, erreur fréquente liée à la corticophobie, tout comme le surdosage. L’application se fait en couche fine, une à deux fois par jour, en massant légèrement.

La durée du traitement est prescrite par le dermatologue et doit être respectée. Un arrêt prématuré expose à la rechute, tandis qu’une utilisation prolongée sans suivi médical peut entraîner des effets secondaires locaux comme l’atrophie cutanée, les vergetures ou les télangiectasies. Ces effets indésirables surviennent principalement en cas de mauvais usage et ne doivent pas conduire à refuser un traitement prescrit à bon escient par le spécialiste.

Les traitements anti-infectieux locaux

Les antibiotiques topiques sont prescrits pour traiter les infections cutanées bactériennes localisées. L’acide fusidique et la mupirocine sont les plus couramment utilisés pour les impétigos, les surinfections d’eczéma et les folliculites superficielles. Leur utilisation doit être limitée dans le temps, généralement à une semaine, pour réduire le risque de développement de résistances bactériennes.

Les antifongiques topiques traitent les mycoses cutanées superficielles. Les dérivés azolés, comme le kétoconazole ou l’éconazole, et les allylamines, comme la terbinafine, sont efficaces sur les dermatophytoses, les candidoses et le pityriasis versicolor. La durée du traitement varie de deux à six semaines selon la localisation et le type de mycose. Il est important de poursuivre le traitement pendant la durée prescrite, même après la disparition des symptômes, pour éviter les récidives.

Les antiviraux topiques, comme l’aciclovir en crème, sont utilisés pour traiter les poussées d’herpès labial. Leur efficacité est maximale lorsqu’ils sont appliqués dès les premiers signes, au stade des picotements, avant l’apparition des vésicules. Les traitements topiques anti-parasitaires, comme la perméthrine ou le benzoate de benzyle, sont prescrits pour traiter la gale et les pédiculoses.

Les rétinoïdes et kératolytiques topiques

Les rétinoïdes topiques, comme la trétinoïne et l’adapalène, sont des traitements fondamentaux de l’acné. Ils normalisent la kératinisation du follicule pileux, empêchent la formation de comédons et possèdent des propriétés anti-inflammatoires. L’adapalène est généralement mieux toléré que la trétinoïne et constitue souvent le premier choix. L’application se fait le soir, sur peau sèche, en commençant par une application tous les deux jours pour limiter l’irritation initiale.

Les kératolytiques facilitent l’élimination des squames et des couches cornées épaissies. L’acide salicylique, à différentes concentrations, est utilisé pour traiter les verrues, les callosités et les états squameux. L’urée, à des concentrations allant de dix à trente pour cent, est un kératolytique doux qui hydrate en même temps qu’il exfolie. Elle est particulièrement utile dans le psoriasis et les ichtyoses pour préparer la peau avant l’application d’autres traitements.

L’acide glycolique et les autres acides de fruits, à des concentrations médicales, sont utilisés comme agents de peeling pour traiter les dyschromies, les cicatrices superficielles et améliorer la texture cutanée. Ces traitements, lorsqu’ils sont prescrits par le dermatologue, offrent des résultats supérieurs aux produits cosmétiques en vente libre grâce à des concentrations plus élevées en principes actifs.

Les règles d’or de l’application des traitements topiques

L’efficacité d’un traitement topique dépend autant de son application correcte que du choix du bon principe actif. La peau doit être propre et sèche avant l’application, sauf indication contraire du dermatologue. Le traitement doit être appliqué sur l’ensemble de la zone atteinte, et pas uniquement sur les lésions les plus visibles. En cas de prescription de plusieurs topiques, il est important de respecter l’ordre d’application recommandé par le médecin.

Le stockage des traitements topiques mérite attention. Certains produits doivent être conservés au réfrigérateur, d’autres à l’abri de la lumière. La date de péremption et la durée de conservation après ouverture doivent être vérifiées. Un traitement périmé perd en efficacité et peut provoquer des réactions cutanées indésirables.

En cas de doute sur votre traitement, d’effet secondaire inattendu ou d’absence d’amélioration après le délai indiqué par le dermatologue, il est préférable de recontacter le praticien plutôt que d’arrêter ou de modifier le traitement de votre propre initiative. La bonne observance du traitement topique est un facteur clé de succès, et le dermatologue est votre meilleur allié pour ajuster la prescription à votre situation.

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